Maison de l'Industrie

Représentation et négociation "fédérer et représenter"

Syndical

Interview de Frédéric Saint Geours, Président de l'UIMM

 "L'urgence est de réformer le financement de la protection sociale"

 

A trois mois et demi de l'élection à la présidence du Medef, la puissante Union des industries et des métiers de la métallurgie (UIMM) s'est réunie en convention jeudi pour appeler à une « refondation patronale » et faire davantage entendre « la voix de l'industrie » (« Les Echos » du 19 mars). Son président, Frédéric Saint-Geours, précise les grands chantiers et les débats que la métallurgie réclame au sein du patronat.

 

La métallurgie s'est réunie jeudi pour redéfinir sa place sur l'échiquier patronal. Avez-vous vu ailleurs en Europe un modèle idéal à suivre ?

Chaque pays a ses caractéristiques propres, avec un Etat fédéral ou non, une administration plus ou moins importante, il n'y a pas de modèle unique. Ce qui était important pour nous était de voir comment les fédérations de la métallurgie s'organisent et évoluent pour rendre service à leurs adhérents. Le cas de l'Allemagne est très intéressant. La Fédération sociale de la métallurgie bouge progressivement, en ouvrant notamment ses services à des non-adhérents et en proposant de nouveaux services.

 

Vous pourriez vous en inspirer ?

Faciliter l'accès au crédit ou aux fonds propres nous paraît intéressant. Nous venons de mettre en place un fonds de développement doté de 50 millions d'euros qui propose aux entreprises des prêts participatifs de 100.000 à 400.000 euros, lesquels ont un effet multiplicateur auprès d'autres financeurs. En Bretagne, par exemple, 4 dossiers ont déjà été montés avec l'ambition d'en mener 40 d'ici à la fin de l'année. Nous pouvons aussi faire du conseil pour bâtir des dossiers...

 

Le portrait-robot que vous avez dressé du futur président du Medef ne correspond pas à Laurence Parisot, notamment parce qu'elle s'y consacre à plein-temps. Mais n'est-ce pas nécessaire ?

Nous n'avons pas dressé de portrait-robot. Nous avons voulu indiquer les conditions d'une plus grande efficacité de la gouvernance du Medef. Si vous voulez être efficace face à des agendas sociaux longs comme le bras, il est impossible de s'occuper de tout. Avec un directeur général et un collège d'élus efficace, vous avez le temps d'élaborer des positions en amont. Quelle force vous avez alors dans la discussion avec les syndicats ou les pouvoirs publics ! Ces dernières années, le patronat a été ballotté parce que les buts de négociation n'avaient pas été assez élaborés, au préalable, dans un schéma équilibré de gouvernance.

 

Vous souhaitez que le patronat se saisisse du dossier de la représentativité, que le Medef ne semble pas prêt à ouvrir...

Nous n'avons pas la solution aujourd'hui mais il faut mettre cette question à notre ordre du jour cette année, parce que les autres parties prenantes de ce dossier -l'Etat et les syndicats -vont se poser la question de notre représentativité. Il faut que nous nous mettions autour de la table et que nous déterminions notre position. Nous avons aussi à travailler de façon pragmatique sur le nombre de branches, pour améliorer un dispositif dispersé, coûteux et peu efficace.

 

Pourquoi vouloir privilégier les accords de branche et d'entreprise sur les accords interprofessionnels ? Remettez-vous en cause les délibérations sociales qui précèdent les négociations ?

Le principe des délibérations sociales est tout à fait essentiel. Il permet d'identifier les sujets à traiter ou à ne pas traiter. Ce n'est pas une perte de temps. En revanche, nous tenons beaucoup à établir un principe de subsidiarité, tant entre l'interprofessionnel et les branches ou l'entreprise qu'entre l'Etat et le niveau professionnel -le contrat et la loi. C'est le rôle de l'interprofessionnel de dire qu'il est, ou qu'il n'est pas, le bon niveau de négociation, par exemple lorsqu'il considère qu'il y aura un trop petit dénominateur commun. Sur l'emploi, par exemple, il serait préférable de le traiter plutôt au niveau des branches et des entreprises.

 

Vous défendez maintenant une sélectivité du champ du paritarisme. De quelles instances les partenaires sociaux doivent-ils sortir ?

Avant de débattre du champ du paritarisme, il faut avoir une gouvernance et un professionnalisme impeccables. Les mandataires sont bénévoles, respectables, mais en termes de professionnalisation il y a des améliorations à faire partout. Sur la sélectivité, il y a des endroits où nous ne sommes plus que le faire-valoir d'un Etat qui décide : c'est le cas par exemple des caisses d'allocations familiales. A l'inverse, il y a des endroits où il faut probablement davantage de paritarisme : par exemple sur la sécurisation des parcours professionnels. Il faut faire tranquillement cet inventaire, ce qui est en cours au niveau interprofessionnel. Il faudra ensuite prendre les bonnes décisions.

 

Y a-t-il un lien avec vos propositions de réformer le financement de la protection sociale ?

Le financement par les cotisations sociales des allocations familiales ou de la solidarité en termes de retraite ne paraît en effet pas très cohérent, mais il n'y a pas de lien direct entre les deux débats. Lors de notre convention et des échanges que nous avons eus ces dernières semaines avec des entreprises et d'autres fédérations industrielles, il y a eu unanimité pour dire qu'il faut régler en urgence la question de la compétitivité par la réforme du financement de la protection sociale. La conférence nationale de l'industrie doit s'autosaisir de ce sujet en prio rité car cela concerne tout de même un peu plus les secteurs exposés que les autres. Le président de la République a dit plusieurs fois ces dernières semaines que c'était un sujet clef à traiter.

 

Ne craignez-vous pas, en voulant renforcer les spécificités de l'industrie, de creuser les divisions entre les entreprises ?

Je ne crois pas que nous pourrons avoir une réponse pour les entreprises exposées à la concurrence et une autre pour les secteurs non exposés. Si nous trouvons des solutions, elles seront générales.

 

Nicolas Sarkozy donne une couleur industrielle nette à son discours de politique économique, mais y a-t-il assez de contenu ?

Les Etats généraux de l'industrie ont abouti à un catalogue de mesures, mais elles n'ont pas traité de la compétitivité. Il faudrait aussi gérer le dossier de l'attractivité des métiers et le problème des compétences. Il y a un énorme chemin à faire avec l'Education nationale et les universités.

 

Pour la première fois depuis sa création, l'Afep a porté à sa tête un patron qui n'est pas un industriel (Maurice Lévy, NDLR). Cela vous inquiète-t-il ?

J'ai lu ce que dit Maurice Lévy (« Les Echos » du 18 mars). Il est d'évidence un bon représentant des grandes entreprises et de leurs dirigeants.

 

Percevez-vous une rechute de l'activité ?

 

Non, mais les niveaux d'activité sont très différenciés au sein de l'industrie. Les bilans des entreprises vont sortir et leurs structures financières vont apparaître très dégradées. Pour éviter que la reprise n'avorte, il faut être flexible et intelligent dans la lecture de ces bilans. Le gouvernement a reçu les banquiers. Il faudra surveiller de très près que les mesures annoncées pour les PME soient effectives.

PROPOS RECUEILLIS PAR NICOLAS BARRÉ ET VÉRONIQUE LE BILLON, Les Echos

Lire la version PDF